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mercredi 19 janvier 2011

Faudra-t-il "s'immoler" pour défendre le vrai sens de ce verbe ?

Crédit photo : Rage Against The Machine - Killing In The Name Of Dans la continuité des expressions utilisées à mauvais escient et largement relayées à tort (cf. mes billets sur l'adjectif éponyme ou sur l'expression au jour d'aujourd'hui), il est également un verbe qui se voit régulièrement galvaudé par un peu tout le monde et notamment les médias : le verbe s'immoler.

Un verbe que l'actualité de ces dernières semaines a malheureusement rendu incontournable dans la presse pour décrire les sombres évènements qui se sont déroulés en Tunisie, mais aussi en Algérie ou en Egypte.

A ce stade, certains vont sans doute être convaincu d'avoir décelé le propos de ce billet et penser que je vais parler du supposé pléonasme de l'expression s'immoler par le feu qui est employée dans les articles cités en références. Eh bien c'est tout le contraire et on va justement voir pourquoi.

Si dans ces articles le verbe s'immoler est correctement employé dans son contexte, qu'il y ait ou non la précision par le feu d'ailleurs, ce n'est en revanche pas souvent le cas dans les médias. Ce sont les articles au sujet d'un autre fait marquant de l'actualité qui nous en font la malheureuse démonstration : le suicide d'un jeune adolescent qui s'est incendié pour se donner la mort (cf. Un jeune s'immole par le feu dans son lycée), qui m'a également a un autre cas similaire l'année dernière (cf. Un jeune s'immole par le feu dans son lycée). Et là, son utilisation commence effectivement à dévier complètement.

Mais alors qu'est ce qui différencie ces deux ensembles d'articles au fond ? La notion de sacrifice et de cause, en fait. Et dans notre cas présent, ça change tout. S'immoler signifie en effet se sacrifier pour une cause, qu'elle soit politique, religieuse, idéologique, etc. Ce qui est important à souligner c'est que le mode opératoire du sacrifice est évidemment laissé au jugement de son auteur et que l'incendie est finalement un des moyens les plus spectaculaires et donc efficaces pour faire passer un message, mais que les autres modes d'exécution de soi sont également "admis" du moment qu'il y ait un public pour recevoir le message et le relayer.

Dans le cas de ces deux malheureux adolescents, les causes de leur suicide ne sont vraisemblablement pas en rapport à une quelconque revendication, mais plutôt liées à un mal être, comme c'est tristement trop souvent le cas dans cette tranche d'age. Et pourtant on peut lire quasiment partout, qu'il se sont immolés par le feu ou pire qu'ils se sont immolés tout court, sous entendu qu'immoler est synonyme de se donner la mort par le feu. Ahurissant. Les articles pleuvent et l'erreur se propage tous niveaux de presse confondus :

Bref, on a compris... Et pourtant, après ceux qui sont passés de s'immoler par le feu à s'immoler, par un raccourci douteux sans aucune justification, si ce n'est de croire qu'il s'agit d'un pléonasme, certains autres articles n'hésitent même pas à utiliser la forme transitive du verbe, et non plus la forme pronominale, comme dans ce second florilège :

Là on dérive encore plus du sens premier car cette forme transitive laisse logiquement entendre qu'il a été sacrifié par un tiers ! Peut-être un obscur rite païen ou vaudou que l'article aurait omis de mentionner ? Mais j'ai gardé le meilleur pour la fin avec un journaliste qui était tellement convaincu que s'immoler signifiait s'incendier qu'il a tout simplement jugé opportun de faire une juxtaposition :

Un adolescent (...) a tenté de se suicider en s’immolant (...) (20 Minutes)

Pour conclure, on se rend finalement compte que les journalistes ont, comme parfois pour ne pas dire souvent, céder aux sirènes de l'emphase en tentant d'employer une expression sans pour autant en connaitre sa complète signification. Comme je l'ai volontairement écrit plus haut, il aurait été tout aussi clair, compréhensible et surtout vrai d'écrire un adolescent s'est incendié pour se donner la mort ou encore l'adolescent qui s'est suicidé par le feu. Mais c'est vrai que c'est plus long, et peut-être moins percutant aussi...

samedi 26 juillet 2008

Et au milieu des villes coule un torrent de gachis...

Crédit photo : Michel Clair @ Flicker STOP ! On nous parle de Grenelle de l'environnement, on nous parle d'éco-citoyenneté, on nous parle de responsabilité écologique, etc, etc... OK. Au quotidien nous essayons tous un tant soit peu de faire attention à notre consommation. Le tri sélectif est rentré dans les moeurs, on ne laisse plus la lumière dans un pièce vide, on débranche les chargeurs qui ne sont reliés à rien, on appuie sur le petit bouton de la chasse d'eau pour un petit pipi. Et ainsi de suite. OK. Je suis profondément écologique dans l'âme et même si je ne respecte pas forcément tous les dogmes de l'éco-citoyenneté à 100% j'essaie de faire au mieux et pense être au dessus de la moyenne des français (je suis en particulier choqué de trouver des ordures un peu partout, notamment dans nos belles montagnes ou sur nos belles plages...).

Hélas, au grand hélas, je suis pourtant choqué de voir le gaspillage d'eau utilisé pour nettoyer les rues et les caniveaux de nos grandes villes, notamment Paris où je réside. Que des camions citernes aspergent les rues de leur eau sous pression, soit, on peut dans ce cas supposer que l'eau n'est pas potable et qu'elle vient directement d'un quelconque pompage de la Seine par exemple (et encore je ne préfère pas vérifier cette information au risque d'être déçu). En revanche, voir des centaines de litres d'eau fuir directement dans les caniveaux depuis les vannes prévus à cette effet au ras des trotoirs, alors là non, ça me choque carrément. A quoi ça sert ? Vraiment ? Avez-vous déjà remarqué l'efficacité du procédé ? Certes, les éléments le plus volatiles et surtout les plus récemment implantés s'en vont relativement rapidement. Mais les éléments plus lourds ou plus incrustés (déjections canines, cannettes, papiers gras, paquets de cigarette collés, etc.) résistent méchamment et attendent patiemment que les agents viennent les déloger à coup de balai magique.

A quoi bon ? Pourquoi ne pas passer directement ledit coup de balai ? Imaginez le nombre de ces vannes dans chaque quartier, multipliez le par le temps qu'elles restent ouvertes sans surveillance, puis par nombre de quartier dans votre ville, puis par le nombre de villes en France, etc... Je ne connais pas le chiffre et ne préfère pas le connaitre au risque de me donner la nausée. Et dire qu'après on nous reproche de laisser couler le robinet pendant qu'on se lave les dents, ou de ne pas réparer la fuite de notre chasse d'eau... Certes c'est nécessaire et il faut le faire, mais que les collectivités et les pouvoir publics comment à nettoyer devant leur porte. Et pas à coup de vanne cette fois, au balai, à la bonne huile de coude !

vendredi 11 avril 2008

Tout le monde s'enflamme au passage de la flamme

Londres, Paris, San Francisco... Les mouvements de manifestation et parfois de violence qu'a suscité le passage de la flamme olympique dans ces villes montrent que personne n'est insensible au formidable pied de nez international que fait la Chine en organisant les Jeux Olympiques de 2008. Un évènement pour la paix et la réunification des peuples dans un état policier qui piétine les droits de l'homme, ça ressemble à une gageüre et pourtant c'est vrai. Un peu comme les J.O. de Berlin en 1936 en somme...

Pour autant, le propos de mon billet ne se situe pas là. Non, ce qui me surprend encore plus que Pékin puisse accueillir ces jeux, c'est l'éveil soudain de la communauté internationale (en tout cas celle du monde libre) qui s'étonne seulement maintenant d'un tel paradoxe. Mais que faisaient tous ces engagés depuis l'annonce de la sélection de Pékin par le CIO ? Faut-il attendre que cette "flamme de la honte" foule son pays et sa ville pour se faire entendre ? Tout cela me semble un peu tard il me semble, et du coup vain. Pourtant ce choix est connu depuis plusieurs années, et la politique intérieure chinoise fait parler d'elle depuis plusieurs décennies.

Je ne dénonce pas spécifiquement les militants, même ceux d'un jour, qui sont allés sur le terrain pour tenter d'entraver le parcours de la flamme. Non, mon attention se porte en premier lieu sur les politiques, coincés entre leur conviction personnelle, la diplomatie et les intérêts économiques qui lient nos pays. La situation est délicate, et je conçois qu'une prise de position n'est pas évidente dans ce genre de situation. Mais pour moi le comble de l'hypocrisie vient une fois encore des médias. Certains journalistes prennent évidemment des positions très fermes envers ce qui se passe en ce moment. Ca tombe bien c'est exactement ce qu'on leur demande. Hélas, tout cela n'empêchera pourtant pas les grands médias de masse de relayer l'évènement, presque comme si de rien n'était, et d'en tirer profit, presque comme si de rien n'était. Et nos militants d'un jour, et nos politiques au cul entre deux chaises, et tous les autres insurgés de l'ombre, de regarder les retransmissions, presque comme si de rien n'était. Après tout les JO se Pékin seront finalement qu'un produit chinois de plus dans le paysage de la consommation occidentale.

Il est finalement là, le sujet de fond : le boycott. Des jeux ? Non pas seulement, c'est trop tard de toute façon. En revanche si chacun d'entre nous adoptait un comportement de consommation responsable en évitant autant que faire se peut les produits importés de Chine, cela contribuerait aux mêmes intentions. Ce serait évidemment moins spectaculaire que de se jeter au pied du porteur de la flamme, mais cela aurait des conséquences certainement plus profondes et durables. Tant pis pour les médias, tant mieux pour notre conscience collective.

C'est facile à dire, mais le faire en pratique est une autre histoire...

jeudi 14 février 2008

La loi anti-tabac est-elle anti-écologique ?

Crédit photo : Lynt @ FlickerL'idée peut paraître farfelue voire paradoxale à première vue. Comment l'interdiction de fumer dans les bars et restaurants entrée en vigueur au 1er janvier 2008 peut-elle en effet avoir une quelconque influence sur l'environnement, négative de surcroît ?

Le lien de cause à effet n'est pas tout de suite évident, aussi arrêtons nous un instant devant l'un de ces fameux bars/restaurants "nouvelle version" pour creuser un peu la question. Premier constat : les fumeurs s'agglutinent désormais à l'extérieur pour s'adonner à leur addiction. Jusqu'ici tout va bien... ou presque. Un autre constat s'impose en effet : afin de compenser le confort que ces accrocs de la nicotine n'ont désormais plus le droit d'avoir à l'intérieur, en particulier en cette saison hivernale, les bistrotiers ont massivement équipé leurs terrasses... de chauffages extérieurs !

Même si ce type d'équipement n'est pas une nouveauté et que personne n'avait attendu ladite loi pour y trouver un intérêt tout particulier, leur installation s'est en revanche largement répandue depuis quelques mois, dans l'unique objectif de maintenir la régularité et la durée de fréquentation de cette clientèle précieuse. Et c'est là que le bât blesse. Car si certaines terrasses bien conçues proposent un semblant d'abris, relativement isolé du reste de la rue, les autres, pour la plupart, sont complètement ouvertes sur le néant, engendrant alors un incroyable gaspillage d'énergie pour chauffer... la rue... Multipliez par les dizaines de milliers de bars/restaurants à Paris, en France, en Europe, et vous aurez alors une idée de la surconsommation inutile que cela représente. A l'heure où l'on nous rebat les oreilles avec le développement durable et le réchauffement climatique, c'est plutôt moche...

Et cette hérésie écologique m'en rappelle alors bien d'autres. Comme ces climatiseurs poussés à fond dans les boutiques en été alors que les portes d'entrée restent bloquées en position ouvertes pour mieux accueillir le chaland. L'inverse est tout aussi vrai en hiver avec le chauffage cette fois. Vous savez, cette grande bouffée de chaleur qui vous accueille à l'entrée du magasin, en provenance d'un radiateur soufflant situé juste au dessus du seuil et dont la majeure partie s'échappe sur la rue... Je n'ai rien contre le progrès et la société de consommation, mais là on tombe vraiment dans le domaine de l'irrationnel.

Pour revenir et conclure sur le sujet de départ, je suis favorable à cette mesure anti-tabac. Je ne suis plus fumeur, mais même quand je l'étais encore, je supportais déjà de moins en moins de devoir sacrifier ma vue, mon odorat et mes vêtements pour passer de bons moments avec mes amis. Aujourd'hui j'ai au contraire retrouvé le plaisir de déjeuner dans les brasseries, sans pour autant ramener au travail avec moi une désagréable odeur de fumée. Bon, maintenant on sent souvent la nourriture, mais c'est quand moins désagréable ! Le plaisir aussi des apéros après le boulot, sans revenir à la maison en empestant l'odeur acre et acide du tabac froid sur ses fringues et ses cheveux. C'est une bonne mesure donc, mais qui eût cru qu'elle aurait un tel effet de bord ? Vivement le printemps !

jeudi 7 février 2008

Si : Tu seras un homme, mon fils

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

If de Rudyard Kipling, traduit par André Maurois

samedi 26 janvier 2008

Au jour d'aujourd'hui, voire même maintenant !

Parmi les expressions à la mode largement propagées par les médias, certaines sont plus ou moins élégantes, d'autres plus ou moins correctement utilisées. C'est déjà plus embêtant, mais ce n'est pas ça le pire. Non, le phénomène atteint effectivement son paroxysme de bêtise, au point d'en devenir vraiment agaçant, quand il concerne des expressions qui sont en plus absurdes à l'origine.

Dans cette catégorie, la championne est certainement l'expression au jour d'aujourd'hui. Elle est tellement répandue, qu'il devient rare de passer une journée entière sans l'entendre ou la lire au moins une fois. Et quand ce n'est pas dans les médias, c'est au boulot que ça se passe...

Stop ! Cette expression ne veut rien dire. Ou plutôt si, à vouloir trop en dire elle pêche finalement par excès de zèle. C'est en effet un pléonasme à tiroir car aujourd'hui porte déjà la double signification au jour de ce jour. L'expression complète signifie donc au jour du jour de ce jour. Cela n'ajoute aucune information utile, sinon un effet d'emphase artificiel et lourd. Pour finir de s'en convaincre, remplacez le jour par une autre unité de temps, l'heure par exemple, et imaginez un discours solennel commençant par :

A l'heure de cette heure où je vous parle, bla bla bla....

Beaucoup moins sérieux le discours tout d'un coup, non ? Et encore, ce n'est ici qu'un pléonasme simple alors imaginez avec A l'heure de l'heure de cette heure !

Dans la même catégorie des constructions inutiles, il y en a une autre qui m'est chère : voire même. Les plus observateurs d'entre vous auront sans doute remarqué que je l'ai volontairement glissée dans le titre du billet. Les plus puristes d'entre vous auront peut-être même grincé des dents. Les moins avertis, en revanche, doivent se demander en quoi cette construction est problématique. Son étrangeté est en effet d'autant moins évidente que sa diffusion est élevée et son utilisation désormais ancrée dans nos réflexes de langages.

Et pourtant il s'agit là aussi d'un pléonasme, car l'adverbe voire (à ne pas confondre avec le verbe voir !) signifie et même. La construction complète signifie donc : et même même. En fonction du sens, du style ou de l'impact qu'on veut donner à son propos, certaines phrases se construiront naturellement avec voire, d'autres avec et même, mais aucune ne devrait accumuler ces deux adverbes comme c'est désormais devenu la mode.

Les deux constructions citées dans ce billet ne sont que des exemples parmi d'autres. J'en arrive à me demander quel est l'intérêt de ces surcharges sémantiques auxquelles on assiste de plus en plus fréquemment ? Les médias étant majoritairement à l'origine de ce ces virus linguistiques, quelles sont leurs motivations initiales, qu'elles soient volontaires ou pas d'ailleurs ? Et si c'était la peur du vide, de la sous performance, du non sensationnel, dans un environnement médiatique hautement concurrentiel, qui les poussaient à décorer ainsi leurs phrases de constructions artificielles ?

Si vous avez d'autres exemples d'expressions redondantes ou absurdes, n'hésitez pas à les soumettre dans vos commentaires.

jeudi 17 janvier 2008

L'adjectif "éponyme" à tort et à travers

Il arrive fréquemment que certains mots ou expressions soient particulièrement à la mode dans les médias. Sciemment relayés par les uns, bêtement imités par les autres, ces termes à la mode deviennent rapidement des tics de langages pour les journalistes et présentateurs en mal d'imagination et qu'ils nous rabâchent à longueur de journées. En soi, le phénomène est déjà agaçant. Seulement voilà, à force de répandre ces expressions à la mode partout et dans n'importe quel contexte, ces mêmes personnes finissent souvent par les employer à mauvais escient. Leur signification originelle se trouve progressivement amoindrie au fur et à mesure des multiples copies de copies, pour finir parfois en non sens voire en contre sens. Ce phénomène est particulièrement proportionnel au degré de sophistication de ladite expression : plus elle paraitra complexe et savante, plus ses adeptes tireront une quelconque fierté de l'effet de style que son utilisation va susciter.

Parmi ces mots qu'il est bon d'utiliser pour briller dans sa prose, j'ai récemment remarqué un engouement récent pour l'adjectif éponyme. Un son flatteur, une graphie élégante, une étymologie oubliée apportant le degré de sophistication suffisant pour qu'on s'y intéresse. Bref, il n'en fallait pas plus pour que les médias s'en emparent. Hélas, son utilisation est trop souvent hasardeuse voire complètement erronée.

Avant d'aller plus loin, je pense qu'il est utile d'en rappeler brièvement la définition : éponyme signifie qui donne son nom à. Il est censé n'être utilisé que pour qualifier une personne ou un personnage dont le nom a directement inspiré le nom d'autre chose : œuvre, création, découverte, etc.

Mais les médias ne se contentent plus seulement de cette définition. Eponyme est désormais souvent utilisé comme le substitut snob et classieux de l'adjectif homonyme, beaucoup trop simple et commun... Il n'est alors pas rare de voir fleurir éponyme dans la comparaison du nom de deux choses et dont la relation de nommage est inversée ou inexistante. Voici un exemple récent dont la lecture m'a d'ailleurs incité à l'écriture de ce billet :

Depuis quelques mois, le quartier de la place Edouard VII est en émoi et, pour une fois, cela n'a rien à voir avec la programmation du théâtre éponyme. (A Nous, n° 374)

C'est un bon exemple car on y trouve ici tout mélangé : déviation et contre-emploi. La déviation d'abord puisqu'on y compare le nom de deux choses, la place et le théâtre, sans aucune personne. Le contre-emploi ensuite, pour ne pas dire contre-sens, car si on analyse le sens de la phrase, on comprend que c'est le théâtre qui a donné son nom à la place. C'est peut-être vrai, ce dont je doute, mais ce qui est sûr, c'est que c'est bien le roi Edouard VII d'Angleterre qui a donné son nom à la place et au théatre. C'est donc finalement lui qui est éponyme dans notre cas !

Terminer la phrase par :

(...) la programmation du théâtre homonyme

Ou même :

(...) la programmation du théâtre du même nom

...n'aurait pas spécialement gâché le style et aurait fait plus sérieux.

Des exemples comme celui-ci fleurissent hélas dans les reportages, émissions, articles et autres blogs, parfois en bien pire. Je lis effectivement trop fréquemment que le héros Marcel Dupont, dont le roman éponyme soulève actuellement la critique, bla bla bla. Ou encore que le groupe Superson, dont l'album éponyme se place dans les meilleures ventes de la semaine, bla bla bla. No comment...

Le message à retenir de ce billet est qu'il est parfois bien mieux de faire simple, que de chercher la sophistication à tout prix au risque de se planter radicalement d'objectif en discréditant son propos. C'est particulièrement vrai si cette volonté est motivée par la poursuite d'un phénomène de mode. Comme dans toutes les modes, il y a du bon et du mauvais, mais les suivre obstinément et sans recul amène généralement à un résultat douteux.

Cette conclusion m’amènera d’ailleurs à écrire d’autres billets sur d’autres phénomènes de mode… ;-)