Il arrive fréquemment que certains mots ou expressions soient particulièrement à la mode dans les médias. Sciemment relayés par les uns, bêtement imités par les autres, ces termes à la mode deviennent rapidement des tics de langages pour les journalistes et présentateurs en mal d'imagination et qu'ils nous rabâchent à longueur de journées. En soi, le phénomène est déjà agaçant. Seulement voilà, à force de répandre ces expressions à la mode partout et dans n'importe quel contexte, ces mêmes personnes finissent souvent par les employer à mauvais escient. Leur signification originelle se trouve progressivement amoindrie au fur et à mesure des multiples copies de copies, pour finir parfois en non sens voire en contre sens. Ce phénomène est particulièrement proportionnel au degré de sophistication de ladite expression : plus elle paraitra complexe et savante, plus ses adeptes tireront une quelconque fierté de l'effet de style que son utilisation va susciter.

Parmi ces mots qu'il est bon d'utiliser pour briller dans sa prose, j'ai récemment remarqué un engouement récent pour l'adjectif éponyme. Un son flatteur, une graphie élégante, une étymologie oubliée apportant le degré de sophistication suffisant pour qu'on s'y intéresse. Bref, il n'en fallait pas plus pour que les médias s'en emparent. Hélas, son utilisation est trop souvent hasardeuse voire complètement erronée.

Avant d'aller plus loin, je pense qu'il est utile d'en rappeler brièvement la définition : éponyme signifie qui donne son nom à. Il est censé n'être utilisé que pour qualifier une personne ou un personnage dont le nom a directement inspiré le nom d'autre chose : œuvre, création, découverte, etc.

Mais les médias ne se contentent plus seulement de cette définition. Eponyme est désormais souvent utilisé comme le substitut snob et classieux de l'adjectif homonyme, beaucoup trop simple et commun... Il n'est alors pas rare de voir fleurir éponyme dans la comparaison du nom de deux choses et dont la relation de nommage est inversée ou inexistante. Voici un exemple récent dont la lecture m'a d'ailleurs incité à l'écriture de ce billet :

Depuis quelques mois, le quartier de la place Edouard VII est en émoi et, pour une fois, cela n'a rien à voir avec la programmation du théâtre éponyme. (A Nous, n° 374)

C'est un bon exemple car on y trouve ici tout mélangé : déviation et contre-emploi. La déviation d'abord puisqu'on y compare le nom de deux choses, la place et le théâtre, sans aucune personne. Le contre-emploi ensuite, pour ne pas dire contre-sens, car si on analyse le sens de la phrase, on comprend que c'est le théâtre qui a donné son nom à la place. C'est peut-être vrai, ce dont je doute, mais ce qui est sûr, c'est que c'est bien le roi Edouard VII d'Angleterre qui a donné son nom à la place et au théatre. C'est donc finalement lui qui est éponyme dans notre cas !

Terminer la phrase par :

(...) la programmation du théâtre homonyme

Ou même :

(...) la programmation du théâtre du même nom

...n'aurait pas spécialement gâché le style et aurait fait plus sérieux.

Des exemples comme celui-ci fleurissent hélas dans les reportages, émissions, articles et autres blogs, parfois en bien pire. Je lis effectivement trop fréquemment que le héros Marcel Dupont, dont le roman éponyme soulève actuellement la critique, bla bla bla. Ou encore que le groupe Superson, dont l'album éponyme se place dans les meilleures ventes de la semaine, bla bla bla. No comment...

Le message à retenir de ce billet est qu'il est parfois bien mieux de faire simple, que de chercher la sophistication à tout prix au risque de se planter radicalement d'objectif en discréditant son propos. C'est particulièrement vrai si cette volonté est motivée par la poursuite d'un phénomène de mode. Comme dans toutes les modes, il y a du bon et du mauvais, mais les suivre obstinément et sans recul amène généralement à un résultat douteux.

Cette conclusion m’amènera d’ailleurs à écrire d’autres billets sur d’autres phénomènes de mode… ;-)